vendredi 28 août 2009

Ensemble pour une Afrique forte Coopération dans le domaine de l’eau

Eau et développement

Sans approvisionnement en eau propre, sans assainissement de base et sans une meilleure gestion des ressources en eau, de nombreux Objectifs du Millénaire définis en 2000 au niveau international ne pourront être atteints – notamment la réduction de la mortalité infantile, l’égalité entre les sexes ou l’amélioration de la sécurité alimentaire. Actuellement, en Afrique, le nombre de personnes n’ayant pas accès à une eau propre s’élève à 300 millions, soit 40 % de la population du continent. Plus de 60 % des Africains ne disposent pas d’une couverture sanitaire suffisante.

C’est pour cette raison que l’Allemagne, dans sa coopération au développement avec l’Afrique, donne la priorité à l’amélioration de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement de base. En effet, nous savons, d’une part, que l’approvisionnement en eau propre se répercute positivement sur la situation sanitaire générale – notamment la mortalité infantile et maternelle – et sur l’égalité des chances des femmes, et d’autre part, que la pénurie d’eau peut engendrer des conflits et menacer la paix et la sécurité au niveau national et régional.

En fixant des pôles d’intervention prioritaires dans le cadre d’une division internationale du travail, nous pouvons mieux coordonner notre action avec les autres donateurs et nos partenaires et gagner ainsi en efficacité. La mise en œuvre de la division du travail prévue par la Déclaration de Paris exige que nous nous concentrions sur nos pôles d’action prioritaires, que nous formulions des offres de coopération transparentes et axées sur le développement et que nous entamions un dialogue pour en débattre. Tous les efforts de l’Allemagne visent à combattre efficacement la pauvreté en Afrique et à favoriser le développement économique et social dans l’intérêt de chaque être humain

http://www.bmz.de/en/service/infothek/fach/fr/thematique_170_pdf.pdf

AMELIORER L’ACCES DES POPULATIONS URBAINES DEMUNIES AUX SERVICES D’EAU ET D’ASSAINISSEMENT
Recueil des bonnes pratiques en Afrique subsaharienne
Water
Desserte des populations urbaines défavorisées :
un aperçu de l’expérience régionale

2.1 Un contexte d’urbanisation rapide et de pauvreté croissante
L’Afrique a le taux de couverture le plus bas au monde en matière d’accès à l’eau et à l’assainissement. Plus d’un africain sur trois vivant en milieu urbain n’a actuellement pas accès à une eau de qualité ni à un système d’assainissement adéquat. En l’an 2000, les niveaux de couverture en eau et en assainissement étaient respectivement de 62 % et 60 %. L’Afrique enregistre également un taux d’urbanisation plus rapide que partout ailleurs dans le monde. Entre 1990 et 2025, on s’attend à ce que la population urbaine totale passe de 300 à 700 millions d’habitants1 ; et on estime qu’en 2020, plus de la moitié de la population des pays africains résidera en milieu urbain2.

Accompagner le rythme rapide de la croissance démographique dans les zones urbaines : tel est le principal défi auquel sont confrontés les acteurs du secteur des services publics de base. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), pour atteindre l’objectif de développement du millénaire fixé récemment, et qui consiste à diminuer de moitié les populations non servies d’ici 2015, il va falloir augmenter de 80 % les usagers urbains bénéficiant des services3. Cet objectif suppose d’installer entre 6 000 à 8 000 nouveaux branchements par jour4. Il importe d’obtenir un engagement politique pour la réalisation de ces objectifs, appuyé par des ressources financières et des dispositions pratiques, si l’on veut éviter que ne se creuse davantage le fossé entre les ménages qui bénéficient des services et ceux qui n’en bénéficient pas.
Etant donné que les quartiers informels et spontanés constituent les principaux réservoirs de la croissance démographique urbaine, la desserte des populations urbaines démunies va devenir de plus en plus difficile. Ces quartiers informels (souvent appelés bidonvilles, zones à faibles revenus, ou encore quartiers précaires) abritent aujourd’hui entre 40 et 70 % de la population urbaine. Le terme de quartier informel recouvre des réalités différentes, depuis les zones sordides à forte densité du centre ville jusqu’aux quartiers périphériques spontanés sans reconnaissance légale. Certains quartiers ont plus de cinquante ans et d’autres sont le fait d’une expansion urbaine récente. A la lumière des projections et du fait que les conditions ne sont pas les mêmes entre les pays et les villes, on estime que presque la moitié des africains vivant en milieu urbain – environ 300 millions de personnes – habiteront dans des bidonvilles en 2020, à moins que les approches actuelles du développement urbain ne changent profondément.

Améliorer l'accès aux services de base : eau et assainissement en milieu urbain en Afrique

Aujourd’hui, un Africain sur trois vivant en ville n’a accès ni à l’eau potable ni à l’assainissement. L’un des objectifs de développement du Millénaire est d’assurer à au moins la moitié de la population mondiale un accès aux services de base, soit toucher 400 millions de personnes d’ici 2015, ce qui correspond à 6000 connections par jour à un réseau d’approvisionnement en eau potable, si l’on privilégie la solution réseau. Ce défi est immense et se trouve au coeur des préoccupations de l’Afrique. Ce sont les pauvres qui payent les services aux prix les plus élevés (jusqu’à 10 fois plus cher) alors qu’ils ne sont pas ou mal desservis. Connecter les pauvres aux services de base, c’est donc lutter contre la pauvreté. Dans cette démarche d’accès aux services, l’assainissement reste le parent pauvre alors qu’il ne devrait pas
être dissocié des services d’approvisionnement en eau.

http://www.pseau.org/event/waterdome/sessions/lien4.pdf

Les vicissitudes du développement durable

L'eau, l'assainissement et le logement figurent parmi les priorités de l'Afrique

Par Gumisai Mutume

Plus d'une décennie après la Conférence des Nations Unies sur le développement durable tenue à Rio de Janeiro (Brésil), le monde s'efforce toujours d'atteindre les ambitieux objectifs qui y ont été fixés. Selon les estimations, 1,5 milliard de personnes n'ont toujours pas accès à l'eau potable et quelque 2,5 milliards n'ont pas accès à des services d'assainissement. Près d'un milliard de personnes vivent dans des bidonvilles, chiffre qui devrait doubler au cours des 30 prochaines années.

C'est le sombre tableau qui a été présenté à la 12ème session de la Commission du développement durable, tenue à New York du 14 au 30 avril. La Commission a pour fonction de surveiller l'application des accords de Rio mais les représentants ont également examiné les progrès accomplis en matière d'adduction d'eau, d'assainissement et d'établissements humains, comme cela avait été décidé au Sommet mondial pour le développement durable à Johannesburg en 2002.

L'eau : des problèmes graves

Si la situation mondiale est loin d'être encourageante, celle de l'Afrique est encore plus grave. Dans cette région ­ la plus pauvre du monde ­ la plupart des indicateurs montrent que les progrès demeurent des plus lents.

Bien que l'un des objectifs fixés au sommet de Johannesburg consiste à réduire de moitié la proportion des personnes qui n'ont pas accès à l'eau potable et à l'assainissement d'ici à 2015, plus de 300 millions d'Africains n'ont toujours pas accès à de l'eau salubre et 14 pays du continent connaissent des pénuries d'eau. Trente-cinq des 55 pays au monde où la consommation quotidienne d'eau par personne est inférieure à 50 litres (le minimum fixé par l'Organisation mondiale de la santé) se trouvent en Afrique. Près d'un Africain sur deux souffre d'au moins une des six principales maladies d'origine hydrique.

Selon le Programme des Nations Unies pour le développement, la proportion de citadins ayant accès à l'eau potable en Afrique subsaharienne n'a baissé que légèrement, passant de 86 % en 1990 à 83 % en 2000.

"Les problèmes d'eau en Afrique sont aigus et complexes", a déclaré le Ministre nigérian de l'eau, Mukhtari Shehu Shagari, à la session de la Commission du développement durable. Les plans d'eau se rétrécissent en Afrique. La superficie du lac Tchad, par exemple, est passée de 25 000 km2 dans les années 60 à moins de 3 000 km2 aujourd'hui, ce qui a une incidence sur plus de 20 millions de personnes.

Pourtant, l'Afrique disposerait d'abondantes ressources en eau qui ne sont pas efficacement utilisées. Dotée de 17 grands fleuves et de plus de 160 lacs majeurs, l'Afrique n'utilise que 4 % environ de sa quantité annuelle totale de ressources renouvelables en eau pour l'agriculture, l'industrie et les besoins ménagers. Le problème, dit M. Shagari, consiste à amener l'eau là où on en a le plus besoin, à un coût abordable et de manière efficace. A l'heure actuelle, 50 % environ des ressources en eau urbaines sont gaspillées, tout comme 75 % des eaux d'irrigation.

Investissements nécessaires

Lors d'une conférence panafricaine sur l'eau tenue à Addis-Abeba (Ethiopie) en décembre 2003, les ministres africains chargés de l'eau et les planificateurs du développement ont indiqué que le manque de ressources et de technologies étaient les principaux obstacles à la recherche d'une solution au problème de l'eau et de l'assainissement en Afrique. "Entre 1990 et 2000, les investissements annuels dans le domaine de l'eau et de l'assainissement se sont élevés en moyenne à 4,6 milliards de dollars, soit 40% du montant nécessaire pour satisfaire les besoins fondamentaux," a déclaré à la réunion M. K.Y. Amoako, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique.

Nombreux sont les pays qui ne disposent pas des crédits nécessaires. Au cours des 20 dernières années, l'Afrique a enregistré de faibles taux de croissance économique, avec pour conséquence des difficultés financières et des ressources publiques sans cesse décroissantes mises à rude épreuve par des besoins antagoniques. Les allocations budgétaires aux services sociaux tels que la santé, l'éducation, l'approvisionnement en eau et l'assainissement en ont ainsi pâti. Qui plus est, les apports des donateurs dans ce secteur ont aussi baissé.

La réunion d'Addis-Abeba a débouché sur l'élaboration d'un cadre pour la gestion de l'eau sur le continent dénommé "Africa Water Vision 2025", qui appelle à allouer davantage de ressources à ce secteur. Selon ce plan, le continent doit investir au moins 20 milliards de dollars par an au cours des 20 prochaines années pour atteindre ses objectifs. Sur ce montant, au moins 12 milliards de dollars devraient être consacrés aux services d'adduction d'eau et d'assainissement de base. "L'eau est la clé de voûte de la réalisation de l'objectif consistant à réduire de moitié la pauvreté et la faim d'ici à 2015," dit M. Shagari, Ministre nigérian de l'eau.

Les participants à la conférence d'Addis-Abeba sont donc convenus de créer des équipes spéciales nationales pour établir des plans nationaux indiquant les cibles annuelles en matière d'approvisionnement en eau et d'assainissement. Les ministres se sont engagés à allouer 5% au moins du budget national à l'eau et à l'assainissement dans un délai de cinq ans. Ils ont également décidé de créer un fonds, le Fonds africain pour l'eau, en vue de mobiliser, d'ici à 2008, plus de 600 millions de dollars pour des programmes relatifs à l'eau et à l'assainissement.

Toutefois, si la plupart des gouvernements prennent pour prétexte le manque de ressources financières, le problème tient en fait à la façon dont les crédits sont dépensés, dit M. Gourisankar Ghosh, Directeur exécutif du Conseil de concertation pour l'approvisionnement en eau et l'assainissement, organisation non gouvernementale internationale. Selon M. Ghosh, environ 5 milliards de dollars d'aide fournie par les donateurs sont consacrés chaque année à l'eau et à l'assainissement tandis que les gouvernements des pays en développement y consacrent à peu près le même montant. "Le problème, c'est que l'assainissement est une question de caractère très local qui touche chaque ménage et chaque individu ; pourtant, dans la recherche de solutions, les gouvernements adoptent une approche du sommet à la base sans y associer les populations," a déclaré M. Ghosh à Afrique Renouveau. "Et quand cela ne réussit pas, on évoque le manque d'argent comme étant le problème."

Par ailleurs, poursuit-il, de nombreux gouvernements traitent la question de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement comme un phénomène distinct plutôt que comme un aspect d'un programme élargi de développement qui englobe l'éducation, l'autonomisation des femmes, la participation communautaire, la promotion de marchés viables et la mise en valeur des ressources humaines. "L'assainissement est une question multiforme. Ça ne consiste pas seulement à construire des latrines."

Multiplication de bidonvilles

La Directrice exécutive de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains, Anna Kajumulo Tibaijuka, a abondé dans le même sens, s'agissant de la participation des gouvernements et des collectivités. "Les pauvres ne sont pas de simples objets passifs," a-t-elle déclaré. "Très souvent, ils règlent leurs problèmes eux-mêmes, mais les gouvernements ne reconnaissent pas leurs efforts. Au lieu d'exploiter leur énergie, ils dissuadent les pauvres de participer à l'amélioration de leurs propres conditions de vie."

Nombreux sont les exemples établis de collectivités qui prennent en charge leurs besoins en matière de logement, avec peu ou pas du tout d'aide des pouvoirs publics. En Afrique du Sud par exemple, un mouvement populaire dénommé 'South African Homeless Peoples Federation' encourage les populations locales à s'organiser en groupes d'épargne informels en vue de construire leur propre logement. Créée au début des années 90, la fédération a permis à d'anciens habitants de bidonvilles, dont la majorité de femmes, de construire 14 000 logements à faible coût à travers tout le pays. Elle appuie actuellement des groupes d'épargne semblables au Ghana, au Kenya, à Madagascar, en Namibie, en Ouganda, au Swaziland, en Zambie et au Zimbabwe.


Dans certaines zones urbaines en Afrique, diverses questions de gouvernance compliquent davantage les problèmes de logement, ce qui entrave une gestion urbaine efficace. La faiblesse de l'Etat et des municipalités favorise une situation où "personne n'assume la responsabilité, personne n'offre une orientation," nous a déclaré Mme Rosemary Rop, de l'organisation non gouvernementale kényane Maji Na Ufanisi.

Qui plus est, les gouvernements ne dégagent pas suffisamment de ressources pour trouver des solutions aux problèmes des bidonvilles existants, ce qui en fait encore plus des terreaux de la surpopulation, de la pauvreté et de l'exclusion sociale. "Les pouvoirs publics se contentent de qualifier ces établissements informels d'illégaux et ne leur fournissent pas de services," dit Mme Rop. A Nairobi, 60 % de la population vit dans des bidonvilles qui ne représentent que 5 % du territoire de la ville. Il en est ainsi de la plupart des grandes villes africaines, dont 40 % à 70 % des habitants vivent dans des bidonvilles.

La tâche à accomplir semble insurmontable. Alors que les dirigeants du monde se sont engagés à améliorer les conditions de vie de plus 100 millions d'habitants des bidonvilles d'ici à 2020, le nombre de personnes vivant dans des établissements informels devrait doubler au cours des 30 prochaines années, passant à 2 milliards.

Pour que l'Afrique réalise ses objectifs de développement durable, elle doit trouver des solutions faisant intervenir tous les secteurs, dit le Conseiller spécial de l'ONU pour l'Afrique, M. Ibrahim Gambari. "S'il est un enseignement qu'on a tiré concernant le développement, c'est le caractère indispensable du partenariat entre les secteurs public et privé et la société civile," ajoute-t-il. "L'eau, l'assainissement et les établissements humains se prêtent à diverses formes de partenariat." Toutefois, indique-t-il, "l'action communautaire ne saurait ni ne devrait se substituer à une politique d'intérêt général efficace. Les gouvernements devraient ouvrir la voie en s'acquittant des engagements qu'ils ont pris."

http://www.un.org/french/ecosocdev/geninfo/afrec/vol18no2/182environfr.htm

L’Afrique face aux changements climatiques

Apprendre à gérer la montée des températures et l’imprévisibilité climatique

Par Michael Fleshman
Teshoma Abera, cultivateur éthiopien, déplore le manque de pluie et sa mauvaise récolte.

La vie n’était pas facile pour Mohammadu Bello, pêcheur de son état ni pour ses neuf enfants, mais ils subsistaient grâce aux eaux peu profondes du lac Tchad, un large plan d’eau douce aux confins du Niger, du Tchad, du Nigéria et du Cameroun. Le poisson-chat se vendait bien au marché de Doron Baga, lui permettant de nourrir sa famille. Mais cette époque est révolue. Lae retrait progressif des eaux a mis M. Bello et ses voisins en grande difficulté et risque de mener à la disparition pure et simple d’un lac considéré autrefois comme l’un des plus grands d’Afrique. “Il y a 27 ans, quand j’ai commencé ma vie de pêcheur, on attrapait du poisson de la taille d’un homme, confiait M. Bello en janvier à la British Broadcasting Corporation. A présent, dit-il, les poissons sont petits et le peu qui reste est transporté au marché par camions qui traversent le lit du lac à sec.”

Les scientifiques et les chercheurs affirment que la baisse du niveau des eaux est partiellement imputable à leur utilisation croissante à des fins d’irrigation et de consommation. Mais plus inquiétants à leur avis sont les changements climatiques qui affectent la région, réduisant les précipitations qui remplissaient autrefois le lac et ses affluents. Ces changements, qui surviennent partout dans le monde, sont aujourd’hui communément attribués aux activités humaines, en particulier celles qui consomment du pétrole et d’autres combustibles fossiles polluants. Les gaz produits s’accumulent dans l’atmosphère, retenant la chaleur solaire et faisant monter la température de la terre. Ce phénomène, connu sous le nom de réchauffement planétaire, a des incidences sur les chutes de pluies et autres phénomènes atmosphériques et climatiques, mettant en danger la vie humaine, animale et végétale du fait des conséquences potentiellement catastrophiques des changements climatiques.

Certes, ces notions scientifiques sont un peu abstraites pour des pêcheurs comme Mohammadu Bello, mais leurs conséquences sont bien réelles. “Je n’ai aucune idée de ce qu’est le réchauffement de la planète, admet-il. Mais je vois bien que le lac disparaît et nous avec lui.”

Certaines régions de l’Afrique recevront moins de précipitations, alors que d’autres connaîtront des inondations plus graves.

En vérité, Mohammadu s’est adapté ; il travaille à présent, avec sa famille, le sol fertile abandonné par le retrait des eaux du lac et vend ses légumes sur le marché de Doron Baga. Mais l’avenir des quelque 20 millions de personnes qui dépendent de l’eau du lac et de ses affluents est moins assuré.

Alors que l’on se prépare partout dans le monde à lutter contre les effets inévitables du réchauffement planétaire et que de nouveaux moyens sont à l’étude pour tenter de réduire les émissions de gaz qui en sont la cause, des millions de personnes devront, comme M. Bello, s’adapter à la situation – un défi particulièrement redoutable en Afrique.

Incidences locales
Après des dizaines d’années de controverses sur les causes et incidences possibles du réchauffement planétaire, des études publiées par 2 500 scientifiques de 130 pays dans le cadre des travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, établi par les Nations Unies, ont finalement tranché la question. En février 2007, le Groupe a prouvé de façon scientifique et irréfutable que l’utilisation de combustibles fossiles comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel produisait tous les ans dans l’atmosphère des milliards de tonnes de gaz à effet de serre.

Le Président du Groupe d’experts, Rajendra Pachauri, a affirmé en avril qu’il serait possible de diminuer la quantité d’émissions nocives et d’enrayer le réchauffement en ayant recours aux technologies “vertes” plus propres et en modifiant les habitudes des consommateurs. Il est trop tard en revanche, d’après lui, pour éviter les incidences parfois graves des changements climatiques sur notre planète. “Ce sont les populations les plus démunies qui en souffriront le plus”, a-t-il prévenu.

Manifestation à Nairobi (Kenya) contre le refus des pays développés de limiter les émissions de gaz qui contribuent au réchauffement planétaire.
Continent le plus pauvre et le moins avancé du monde, l’Afrique aura du mal à s’adapter. Bien que l’Afrique subsaharienne ne produise que moins de 4 % des gaz à effet de serre de la planète, les scientifiques estiment quasiment certain que les divers systèmes climatiques et écologiques du continent ont déjà été endommagés par le réchauffement planétaire.

Le réchauffement planétaire risque d’avoir des conséquences particulièrement inquiétantes sur les réserves d’eaux. Pour le moment, l’Afrique a la chance de disposer d’importantes réserves d’eaux inexploitées et on prévoit même que certaines régions arides du continent pourraient recevoir des précipitations plus fréquentes. En revanche, le Sahel et d’autres régions semi-arides risquent de souffrir d’une aggravation de la sécheresse. Un tiers de la population du continent vit déjà dans des zones de sécheresse, et 75 à 250 millions de personnes supplémentaires pourraient perdre leurs moyens de subsistance du fait des changements climatiques d’ici la fin de la prochaine décennie. Les régions sujettes à inondations de l’Afrique australe pourraient devenir plus humides encore du fait de l’évolution des conditions climatiques, les inondations étant plus fréquentes et plus graves.

Cultures et littoraux menacés
L’agriculture du continent, qui souffre déjà de sa dépendance vis-à-vis de l’irrigation pluviale, de la mauvaise qualité des sols et de techniques et pratiques dépassées, risque d’être durement touchée à mesure que la sécheresse et les inondations s’étendront, que les températures et les saisons de végétation changeront et que les éleveurs et bergers seront contraints de quitter leurs terres.

Un tel scénario constituerait une catastrophe humanitaire et économique sur un continent où les activités agricoles représentent 70 % des emplois et sont souvent le moteur des économies nationales, sources de recettes d’exportation, de matières premières industrielles et de denrées alimentaires à bas prix. Des études prévoient que d’ici à 2020, les cultivateurs de certains pays ne récolteront que 50 % de leur production actuelle. Le secteur de la pêche risque également de souffrir de l’assèchement des lacs et des fleuves et de la disparition d’espèces commerciales de poisson.

La montée des températures risque en outre d’entraîner la fonte des calottes glacières polaires, provoquant la montée du niveau des océans et menaçant les littoraux et les îles de la planète, en particulier les îles et zones côtières de basse altitude de l’Afrique de l’Est, qui risquent d’être fréquemment inondées ou définitivement submergées.

Le réchauffement des eaux pourrait en outre avoir des incidences sur les ouragans et autres violentes tempêtes océaniques, intensifiant leur force et leur fréquence. Les activités de pêche en zone côtière et leurs écosystèmes fragiles pourraient aussi pâtir d’une éventuelle montée du niveau des mers.

“Déplacés climatiques”
L’ONU estime que, du fait de la détérioration des conditions de vie, quelque 50 millions de personnes “déplacées climatiques” de par le monde pourraient se joindre aux flux de migrants qui traversent les frontières et les océans à la recherche de nouveaux moyens d’existence. Bon nombre d’entre eux s’installeront dans des villes surpeuplées qui ont déjà du mal à offrir des emplois, des logements et des services de base.

Les grandes forêts d’Afrique aident à absorber les gaz nocifs dans l’atmosphère et les gouvernements s’efforcent de réduire l’exploitation forestière sauvage et autres pratiques qui accélèrent la déforestation.

Ce phénomène se répercutera également sur des parasites comme la mouche tsé-tsé et des maladies parasitaires comme le paludisme. Le paludisme est la maladie qui tue le plus d’enfants en Afrique et prive les économies du continent de quelque 12 milliards de dollars par an. Compte tenu de la propension des moustiques porteurs de la maladie à prospérer dans des conditions de température et d’humidité bien précises, certaines régions touchées pourraient voir disparaître ce fléau à mesure que la sécheresse s’intensifie. A l’inverse, d’autres zones non contaminées pourraient le devenir. L’Organisation mondiale de la santé prévoit que 80 millions de personnes dans le monde risquent d’être infectées à mesure que l’épidémie se propage dans des populations dépourvues de protection naturelle.

Les différentes espèces végétales et animales de l’Afrique ne seraient pas épargnées non plus. Une étude réalisée sur près de 5 200 espèces végétales du continent prévoit que le cadre naturel d’environ 5 000 d’entre elles aura largement disparu en raison des changements climatiques et 2 100 d’entre elles seront complètement privées de leur habitat naturel d’ici à 2085. La faune africaine n’est pas mieux lotie. D’après certaines études, les deux-tiers des espaces animales du parc animalier Kruger d’Afrique du Sud, bien connu, sont mena­cés d’extinction.

Adaptation
Conscients de la vulnérabilité du continent, les dirigeants africains soutiennent depuis longtemps la lutte de la communauté internationale contre le réchauffement planétaire et les changements climatiques. Les gouvernements du continent ont joué un rôle déterminant dans l’élaboration de la Convention des Nations Unies de 1994 sur la lutte contre la désertification, phénomène particulièrement préoccupant pour un continent où les deux-tiers des sols sont arides ou semi-arides. De nombreux pays africains ont par ailleurs signé la Convention-cadre de 1992 sur les changements climatiques et le Protocole de Kyoto de 1997.

Mais la réduction des émissions n’a jamais constitué la priorité absolue d’un continent dont les rares industries et réseaux de transport et d’électricité ne produisent que de faibles quantités de gaz à effet de serre. Les gouvernements du continent s’efforcent plutôt de se préparer aux bouleversements climatiques à venir et d’aider les communautés vulnérables à s’y adapter. En septembre 2006, le secrétariat de la Convention-cadre a organisé un atelier consacré à l’adaptation aux changements climatiques avec la participation de 33 gouvernements africains et d’organisations internationales et associations de la société civile. La réunion a souligné la nécessité d’établir de meilleurs mécanismes de surveillance et d’alerte rapide et a appelé à l’intégration de stratégies d’adaptation à long terme dans les programmes de développement et de planification en prévision des catastrophes.

Les programmes de développement de l’Afrique comportent en effet de nombreux éléments susceptibles de renforcer les moyens de lutte des communautés et des pays contre les changements climatiques. Les réseaux d’irrigation, par exemple, contribuent fortement aux efforts visant à renforcer la sécurité alimentaire et améliorer l’existence des agriculteurs de nombreux pays du continent. Compte tenu du fait que 4 % seulement des terres arables africaines sont irriguées, les plans de développement agricole insistent sur la nécessité d’arroser de plus grandes superficies. L’irrigation est également un excellent remède lorsque les saisons pluvieuses se font plus imprévisibles et moins fréquentes à cause des changements climatiques.

La principale difficulté est d’ordre financier. C’est ce qu’a affirmé à Afrique Renouveau l’expert sierra-léonais de la météorologie Ogunlade Davidson de son bureau de Freetown. “Les changements climatiques auront des incidences considérables pour l’agriculture africaine. Mais sans un financement suffisant, elle n’en sera pas capable, car l’irrigation, les engrais, les techniques agricoles modernes et les semences de bonne qualité coûtent beaucoup d’argent, dit-il. En vérité, comme l’Afrique n’a jamais profité des avantages financiers qui ont causé au départ la production de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, elle n’a jamais accumulé les richesses nécessaires pour lutter contre les bouleversements climatiques.”

“L’heure d’agir”
L’Afrique reçoit néanmoins de l’aide de la part de deux fonds administrés par le Fonds mondial pour l’environnement, organisme de financement établi en 1991 pour participer aux projets de préservation de l’environnement des pays en développement. Le Fonds pour les pays les moins avancés (PMA) est réservé aux Etats de cette catégorie, alors que le Fonds spécial pour les changements climatiques finance les projets d’adaptation, de gestion énergétique, de transfert technologique et de diversification économique liés aux conditions climatiques dans tous les pays en développement. Depuis son lancement en 2001, le Fonds a reçu près de 116 millions de dollars d’annonces de contribution, dont moins de la moitié a été effectivement versée. Le Fonds spécial pour les changements climatiques a reçu des annonces de contribution de l’ordre de 62 millions de dollars, dont plus de 52 millions lui sont parvenus.

Les pays participant à ces projets doivent formuler, en consultation avec le secteur privé et la société civile, des plans d’action nationaux pour l’adaptation, qui recensent les secteurs vulnérables, précisent les besoins et fixent les priorités d’action de chaque pays. Les projets ainsi définis peuvent ensuite être financés. Le Fonds mondial pour l’environnement est administré par le Programme des Nations Unies pour l’environnement, la Banque mondiale et le Programme des Nations Unies pour le développement.

L’Ethiopie a reçu du fonds spécial 1 million de dollars pour l’aider à financer un programme de 3 millions de dollars visant à lancer des projets pilotes de lutte contre l’érosion des sols dans les régions arides du nord du pays. Le projet consiste également à offrir aux éleveurs et agriculteurs les moyens de lutter contre la sécheresse. Le Kenya a reçu 6,5 millions de dollars pour l’aider à mener un projet de 51 millions de dollars qui lui permettra d’établir, aux niveaux national, régional et local, des mécanismes capables de détecter et de gérer les changements climatiques et d’encourager la participation du secteur privé aux projets d’adaptation à ces changements.

Cependant, d’après M. Davidson, spécialiste des questions énergétiques et co-président du rapport sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, les financements consentis sont trop faibles pour véritablement changer la situation des communautés vulnérables. Jusqu’à très récemment, a-t-il souligné, l’argent déboursé par la communauté internationale à cet effet était essentiellement réservé à la recherche scientifique sur les causes du réchauffement planétaire et aux moyens d’en atténuer les conséquences plutôt qu’aux programmes d’adaptation sur le plan local.

A son avis, la solution passe par l’engagement de la communauté internationale, car “c’est elle qui a les moyens d’intervenir. Mais si cette aide est assortie d’une longue liste d’obstacles et de conditions bureaucratiques, les pays demandeurs n’y auront pas accès et les problèmes perdureront, prévoit-il. Le temps des études et des projets pilotes est révolu. Il est temps d’agir”, conclut-il.

Le NEPAD pour la croissance verte
Reste à savoir si ces ressources seront véritablement disponibles, car, malgré des dizaines d’années d’efforts, l’Afrique n’a jamais réussi à réunir les capitaux nécessaires à la lutte pour la réduction de la pauvreté.

Il n’est donc pas étonnant qu’en préambule, le plan d’action pour l’environnement, partie intégrante du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), cite les taux de pauvreté croissants et l’accélération de la dégradation de l’environnement comme deux maux interdépendants dont souffre l’Afrique.

Le plan d’action, formulé en 2003 avec le concours du Programme des Nations Unies pour l’environnement, affirme par ailleurs qu’en Afrique, la pauvreté est à la fois la première cause et la première conséquence de la détérioration de l’environnement et de l’épuisement des ressources. Le document insiste également sur la nécessité absolue de lutter contre la pauvreté.

Le plan d’action souligne par ailleurs l’importance des projets en faveur de l’environnement, de la mise en place de systèmes de surveillance de l’environnement plus perfectionnés, de la recherche et de l’établissement de partenariats plus efficaces sur le plan international pour encourager les transferts de technologie “verte”, renforcer les capacités d’intervention et d’alerte rapide en cas de catastrophe et atténuer l’impact des changements climatiques sur les populations les plus vulnérables.

L’Afrique participant peu au réchauffement planétaire, l’accent est également mis sur la contribution de l’Afrique au ralentissement de la montée des températures dans le monde, grâce notamment aux forêts africaines, qui absorbent et retiennent le gaz carbonique, principal facteur de réchauffement. L’Afrique compte 17 % des forêts de la planète et 25 % des forêts tropicales, qui contribuent à purifier l’air des émissions polluantes produites à des milliers de kilomètres. Les forêts abritent par ailleurs une extraordinaire variété de flore et de faune, 1,5 million d’espèces différentes selon les estimations, qui assure la subsistance de millions de personnes.

Forêts en extinction
D’après le NEPAD, toutefois, les forêts d’Afrique disparaissent actuellement au rythme de plus de 5 millions d’hectares par an, victimes d’une exploitation commerciale excessive et non viable, et des méthodes de défrichage par brûlis. Près des deux-tiers de l’énergie produite par le continent provient du bois de chauffage utilisé surtout à des fins de cuisine et de chauffage, ce qui représente une menace supplémentaire pour les surfaces boisées.

Bien que les gouvernements africains et la communauté internationale aient récemment redoublé d’efforts pour préserver et remettre en état les forêts du continent, les résultats sont maigres.

D’après le plan d’action du NEPAD, la meilleure manière de préserver les forêts d’Afrique consiste à formuler et faire respecter une législation viable en matière d’exploitation forestière et à améliorer les rendements agricoles pour ralentir le défrichage à des fins agricoles. Mais cela n’est pas évident, car le bois constitue un produit d’exportation prisé pour certains pays et la réduction de ces exportations se solderait par un manque à gagner difficile, voire impossible à combler. Malgré la priorité accordée par le NEPAD à l’augmentation de la production agricole et à la valorisation des revenus agricoles, la réforme rurale du continent demeure coûteuse et laborieuse, les progrès obtenus dans ce domaine ayant été trop lents pour empêcher le nombre de personnes souffrant de la faim d’augmenter d’un million par an.

Fin mai 2007, le secrétariat du NEPAD a fait savoir qu’un collectif de 800 experts afri­cains de l’environnement, de la préservation et de l’économie avaient élaboré une série de mesures détaillées d’adaptation aux changements climatiques pour chaque sous-région du continent. Ces mesures seront présentées par les chefs d’Etat africains à la prochaine réunion de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tiendra à la fin de l’année à Bali.

Marchés plus verts
Même si elle est plus urgente en Afrique, la question de concilier les besoins environnementaux pressants avec les dures réalités économiques se pose partout. Les dépenses qu’entraîne la réduction des émissions de gaz à effet de serre ont freiné les initiatives envisagées depuis une dizaine d’années, même dans les pays riches. Lorsque les scientifiques expliquent qu’il serait moins coûteux d’éliminer dès à présent les émissions pour prévenir les conséquences les plus graves des changements climatiques, certains gouvernements répliquent qu’il faut procéder à des réductions plus progressives et plus modestes, étant donné le coût de ces mesures pour les entreprises et les consommateurs et les préjudices possibles pour l’économie mondiale.

Dans une étude importante réalisée en 2006 sur les aspects économiques des changements climatiques au Royaume-Uni, Sir Nicholas Stern, ancien économiste en chef à la Banque mondiale, explique que la nature même des marchés libéralisés les empêche d’être naturellement plus verts. Et de fournir l’exemple suivant : les bénéfices provenant de la production d’une tonne d’acier sont partagés par une poignée d’individus — les propriétaires de l’aciérie, les ouvriers et les actionnaires, alors que, calculé en termes d’émission de gaz à effet de serre et de dommages infligés à l’environnement, le coût de cette tonne d’acier se répartit entre des milliards de personnes dans le monde sur de nombreuses générations. C’est précisément pourquoi, poursuit-il, les propriétaires de l’aciérie n’auront aucune motivation pour augmenter leurs coûts de production de façon à réduire la pollution. “Les changements climatiques représentent la faillite la plus grave des marchés que le monde ait jamais connu”, a estimé Sir Stern.

Toute réforme économique devra donc sanctionner plus sévèrement les pollueurs si l’on veut enrayer la progression du réchauffement planétaire. Certains ont proposé l’imposition d’une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre — de telle sorte que la prévention serait moins coûteuse que la production d’émissions. Cet “impôt sur le gaz carbonique” se heurte toutefois à une vive opposition dans de nombreux pays et n’a été adopté que par une poignée de pays.

Une autre méthode de quantification de la pollution — le mécanisme d’échange des droits d’émission — a connu plus de succès depuis l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto. Ce dernier exige des pays industriels signataires qu’ils réduisent leur production de gaz à effet de serre d’environ 5 % par rapport aux niveaux des années 1990. Le Protocole a également établi le Mécanisme pour le développement propre de la Conférence-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, qui autorise les industries les plus polluantes à acheter des droits de pollution de pays peu polluants en échange d’investissements dans les projets écologiques de ces derniers.

A titre d’exemple, dans l’hypothèse où les propriétaires de l’aciérie susmentionnée seraient invités par leur gouvernement respectueux du Protocole de Kyoto à réduire leurs émissions de gaz carbonique de 10 tonnes, ils pourraient soit investir dans l’acquisition d’un matériel de production moins polluant, soit faire planter suffisamment d’arbres en Afrique pour absorber 10 tonnes de gaz carbonique, si cela est moins coûteux. Le mécanisme autorise les propriétaires de l’aciérie à déduire la quantité de gaz carbonique retenue par ces arbres de leurs objectifs de réduction des émissions polluantes, ce qui leur permet de réaliser des économies et les incite à investir sur le continent.

Le même principe s’appliquerait à un projet d’installation en Afrique d’une centrale hydroélectrique ou de gaz naturel propre à la place d’une centrale à charbon polluante. Dans ce cas, les investisseurs du Nord seraient autorisés à tenir compte, dans leurs objectifs de réduction de la pollution sur le plan national, de la diminution de la pollution obtenue grâce à la centrale plus propre en Afrique. Le mécanisme prévoit même l’achat et la vente de “crédits de gaz carbonique”, un peu à la manière des actions boursières.

Les transactions de gaz carbonique, dont l’idée remonte à la fin de 1997, s’élèvent aujourd’hui à 22 milliards de dollars. L’Afrique, qui espérait pouvoir tabler sur son image de petit pollueur pour inciter les capitaux du Mécanisme pour le développement propre à financer ses projets de développement vert, n’a attiré à ce jour que moins de 2 % des projets financés par le Mécanisme dans le monde. Ce manque d’intérêt s’explique par la pénurie d’organismes financiers et commerciaux performants et l’insuffisance des moyens administratifs et de gestion du continent.

Le Mécanisme a suscité d’autres critiques, ses détracteurs affirmant que les pays riches et les milieux d’affaires s’en servaient pour éviter d’avoir à réduire leurs émissions de gaz polluant et trahissaient leurs engagements de Kyoto en exagérant l’importance de leurs projets environnementaux compensatoires.

Mais puisque l’accord de Kyoto arrive à échéance en 2012 et qu’il est maintenant prouvé que le réchauffement planétaire est plus rapide que prévu, il n’est pas impossible que le développement vert de l’Afrique profite des réformes économiques nécessaires pour lutter contre le réchauffement planétaire. “On ne dispose que d’un minuscule créneau pour renverser la courbe ascendante des émissions de gaz à effet de serre, a déclaré à la presse Rajendra Pachauri en mai à Bangkok. On ne peut pas se permettre d’attendre.”

Le Conseil de sécurité : les changements climatiques sont une menace pour la paix:

Les changements climatiques et leurs retombées économiques, politiques et sociales risquent de compromettre la paix dans le monde si la communauté internationale ne prend pas les mesures nécessaires, a déclaré le 17 avril au Conseil de sécurité le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. “L’histoire de l’humanité a connu d’innombrables conflits motivés par des ressources naturelles. L’évolution des phénomènes climatiques, comme les inondations et les sécheresses et les coûts qu’elles représentent pour nos économies, pourraient accentuer les divisions et marginaliser certains groupes sociaux”, a-t-il dit, exacerbant les risques d’affrontement et de violence.

Cette séance exceptionnelle d’une journée, qui s’est tenue à l’initiative du Royaume-Uni, a été la première jamais consacrée par le Conseil de sécurité aux changements climatiques. Mais elle n’a pas fait l’unanimité. Prenant la parole au nom du Groupe influent des pays en développement du G-77 et de la Chine, l’ambassadeur du Pakistan, Farukh Amil, a affirmé que l’examen de cette question n’était pas du ressort du Conseil de sécurité mais relevait d’organes plus grands et représentatifs, notamment l’Assemblée générale et le Conseil économique et social. D’autres intervenants ont en revanche salué cette séance, notamment les représentants des petits Etats insulaires confrontés aux risques d’inondations dus à la montée du niveau de la mer.

La séance s’est déroulée sous la présidence de la Secrétaire britannique aux affaires étrangères Margaret Beckett, qui a estimé que des impératifs d’ordre sécuritaire, économique, social et environnemental obligeaient la communauté internationale à s’attaquer au problème des changements climatiques. Elle a noté que le Président nigérian Yoweri Museveni avait déjà qualifié les changements climatiques d’ “agression” commise par le Nord industriel pollueur à l’encontre du Sud en développement — commentaire qui illustre le lien existant entre l’environnement et la paix dans le monde. “Le Président Museveni est l’un des premiers dirigeants à voir ce problème sous l’angle sécuritaire, mais il n’est certainement pas le dernier”, a-t-elle conclu.

http://www.un.org/french/ecosocdev/geninfo/afrec/vol21no2/212-changements-climatiques.html